Information

Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


http://cdd100ans.blogspot.fr/


Cordialement
Gil Alcaix

dimanche 11 décembre 2011

R comme Rapaces



- Au nord-est de Braye-en-Laonnois, près de la ferme Malval, existent sur le plateau en 1917 les tranchées de l’Aigle, de la Buse, du Vautour et du Condor (d’autres aussi, avec des noms d’oiseaux qui ne sont pas des rapaces : Pie, Corbeau, Pigeon, Mouette, etc.).

- Lorsque les Français parviennent à progresser – certes lentement et difficilement – dans le ravin des Grelines et le long du canal en direction de Braye-en-Laonnois, dans la deuxième moitié d’avril 1917, le plateau devient la première ligne de défense allemande. C’est alors que ces derniers créent le réseau de tranchées et de boyaux qui parcourent la hauteur afin d’empêcher les assaillants de s’en emparer.


- Le 5 mai a lieu l’attaque combinée des 2e BCP et 79e RI en direction de la ferme Malval (voir ici: ).
La journée aboutit à un partage du plateau entre les belligérants : les Allemands parviennent à conserver l’Aigle, tandis que les Français se sont emparés du Condor et du Vautour. La situation va rester quasiment la même jusqu’au repli allemand du 2 novembre, mais le secteur reste très actif pendant plusieurs semaines.


- Le 14 mai, le 418e RI relève le 160e et le 69e dans ce secteur. Le front n’évolue guère, même si des patrouilles sont envoyées de part et d’autre pour tester la réactivité adverse ; les Allemands attaquent la tranchée du Condor le 3 juin, celle du Vautour le 5, sans résultat. Les pertes sont lourdes dans les deux camps (le 418e est à bout de force selon Guy Pedroncini).
JMO du 418e RI, notamment les cartes


- Le 8 juin, c’est le 74e de ligne (fortement touché par les mutineries) qui prend en charge les tranchées aux noms de rapaces : dès lors se succèdent des journées « calmes », sans combats d’envergure. Artillerie et aviation se montrent fréquemment actives, mais aucune action ponctuelle d’intérêt n’est envisageable sur cette partie du plateau.
- Dans le courant de l’été, la tension diminue, la concentration de troupes aussi par conséquent ; les unités restent plus longtemps, occupant un front plus étendu (le 407e pendant un mois à partir de la mi-juillet, puis le 319e jusqu’au recul allemand).


- Le 23 octobre, alors que l’offensive de la Malmaison se déclenche plus à l’ouest, le 318e régiment mène un coup de main vers la tranchée de l’Aigle (en partant de celle du Vautour) pour faire des prisonniers afin de connaître l’état d’esprit ennemi. Organisée en plusieurs colonnes, la 18e compagnie progresse soutenue par l’artillerie et les unités voisines : « la colonne 3 arrive à la tranchée des Squales où elle reçoit quelques coups de fusil ; les guetteurs allemands fuient ; on trouve un cadavre prêt à être emporté dans une toile de tente, un abri écrasé. La colonne franchit cette tranchée et aborde la tranchée de l’Aigle. Une fusée est lancée à sa gauche ; les grenadiers font barrage derrière les Allemands ; l’un d’eux est fait prisonnier puis la lutte se continue à la grenade et au V.B. La colonne continue à progresser puis bat en retraite et rentre dans nos lignes. » Les colonnes 4 et 5 obtiennent les mêmes succès, parvenant à 50 mètres au-delà de la tranchée avant de revenir dans leurs lignes. Le bilan pour le 319e est de 4 tués, 33 blessés, 4 disparus (JMO).

- Dans les jours suivants, les signes de repli adverse se multiplient. Le 27, après une préparation « sommaire » qui ne permet même pas de détruire les réseaux de barbelés de part et d’autre, les Français partent à l’assaut, « protégés par un feu roulant d’artillerie à la vitesse de 50m à la minute, cisaillent les défenses et s’avancent de trous d’obus en trous d’obus vers les lignes ennemies. La progression est lente en raison de nombreuses difficultés du terrain, mais les vagues atteignent bientôt la première ligne ennemie. » La résistance allemande est acharnée, que ce soit dans la tranchée de l’Aigle ou celle eu Rossignol (3e ligne où les défenseurs sont « massés », « serrés jusqu’au coude à coude ») ; les pertes du 319e sont lourdes – 21 morts, 52 blessés, 44 disparus – et le repli devient obligatoire.
- Le 1er novembre, les patrouilles signalent encore la présence allemande. Le 2, ce n’est plus le cas ; l’Aigle est occupé sans combat, l’Ailette est atteinte en fin d’après-midi. Le lendemain, « les pionniers construisent deux boyaux reliant les anciennes premières lignes. Les tranchées ennemies sont réfectionnées. »

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dimanche 4 décembre 2011

J comme Julia (Gaston)

- Mathématicien français
- Sidi-Bel-Abbès 1893 – Paris 1978

- Après des études brillantes (en 1911, il est reçu au premier rang simultanément à Polytechnique et à l’ENS, pour laquelle il opte), l’agrégé de mathématiques Gaston Julia est mobilisé en août 1914. Après quelques mois de formation, il devient sous-lieutenant au 34e RI – 36e DI – (3e bataillon, 9e compagnie), qu’il rejoint le 12 janvier 1915. Son unité combat autour de la ferme Hurtebise depuis la fin de la contre-offensive de la Marne.
- « Nous sommes tranquilles à un ou 2 obus près qui journellement tombent sur notre village [Villers-en-Prayères, NDLA] sans faire de mal. La canonnade est surtout violente à gauche vers Soissons, Soupir, et à droite vers Reims. Au cantonnement, vie facile, inactive, avec des officiers très bienveillants et d’excellents camarades. » (14 janvier)

- Cependant, à partir du 24, les Allemands déclenchent leur offensive localisée (« dite « bataille de la Creute »), immédiatement très meurtrière dans les rangs français.
- Seul officier survivant de sa compagnie, Gaston Julia reçoit une balle en plein visage ; il n’est pas évacué immédiatement, restant jusqu’à stabilisation relative de la situation – la bataille est cependant un succès net pour les troupes du Kaiser.

- Julia est hospitalisé au Val-de-Grâce, de très nombreuses fois opéré : il garde de grosses séquelles physiques mais peut reprendre assez rapidement ses activités de mathématicien, qui le mènent à une brillante carrière de chercheur et d’enseignant.



Source principale : Catherine Goldstein, « Un mathématicien sur l’isthme d’Hurtebise », Lettre du Chemin des Dames n°23 (automne 2011)


Voir aussi :
http://serge.mehl.free.fr/chrono/Julia.html

JMO du 34e RI

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vendredi 18 novembre 2011

R comme Respirer le matin

- Le 19 mars 1916, le 246e RI du lieutenant Paul Truffau est aux abords ouest du Bois-des-Buttes, tenu presque entièrement par les Allemands. Ceux-ci, quelques jours plus tôt, viennent en effet de mener une offensive locale couronnée de succès (c’est lors de cet épisode que Guillaume Apollinaire est blessé).
- Paul Truffau se rend dans la partie de la forêt baptisée « la Sapinière » en compagnie d’un autre lieutenant, du 204e RI.

- « Je jette un coup d’œil rapide par-dessus le parapet : je vois les sacs, et aussi une tête en calot, généreuse, qui dépasse jusqu’aux épaules ; il regarde au-delà de nos lignes le paysage étincelant, les brumes de la rivière ; un autre se montre à côté un instant. Je réclame un fusil, puis la crainte de le manquer, plus encore la peur de l’atteindre (car j’ai en dégoût ces assassinats nécessaires) m’arrêtent. Quel est le meilleur fusil de l’escouade ? Tout le monde le dit : c’est P., le tambour, bien qu’armé du revolver. Il se dresse et s’avance : un grand paysan gauche, rustaud, l’air pataud et niais, avec des petits yeux plissés et bêtes. J’essaie de lui montrer l’homme dans mon périscope, il regarde mal, n’y voit rien, regarde à travers un créneau et en ramant dans l’air derrière lui avec sa main : « Ah bon, je vois ! Qu’on me passe un fusil, pourvu qu’il soit chargé ! » Il ajuste – pan ! le calot vole en l’air à trente centimètres, l’homme a disparu. La tête a dû éclater. Et le paysan redescend, une petite flamme dans ses yeux de brute, riant lourdement : Kapout. Il va se rasseoir à sa place, où il se remet à couper une branche avec son couteau. Tout le monde rit, le félicite, moi aussi ; mais je me représente aussitôt, avec une force et une netteté obsédante, le cadavre étendu à cent mètres, le sang, les derniers tressaillements, le cercle d’horreur, les brancardiers qu’on appelle, et, là-bas, en Allemagne, une mère qui n’a plus d’enfant. Tout cela parce qu’il a voulu respirer le matin. »


Source : Paul Truffau, 1914-1918. Quatre années sur le front, page 115

dimanche 13 novembre 2011

B comme Bois des Pies

- Bois situé à l’est de Gernicourt (et de la chapelle Saint-Rigobert), sur la rive sud de l’Aisne.
- Il est aussi parfois nommé « Bois de la Pie ».

- Après la reprise du secteur par les Français, le 13 septembre 1914, le Bois des Pies se trouve pendant presque toute la guerre à proximité de la première ligne. Il est utilisé avant tout comme base pour l’artillerie mais aussi comme premier lieu de repos et de soin pour le secteur de Berry-au-Bac. C’est aussi le cas des deux massifs voisins, celui de la Marine à l’est et celui des Geais, plus vaste, au sud.
(Carte issue du JMO du 369e RI en février 1918)


- Le bois tient un rôle important lors de la préparation de l’offensive Nivelle, en avril 1917. Bien connu par conséquent des Allemands, il acquiert une réputation bien établie chez tous les combattants.
- On peut le voir à travers le récit de Félix Fonsagrive, envoyé depuis Cormicy pour prendre contact avec des camarades présents dans le bois début mai 1917. Alors qu’il s’y rend, un autre soldat lui dit : « Ah ! On veut vous envoyer au bois des Pies ! Mauvais endroit. Il est exact que nous allons quitter le secteur, mais ne quitterions-nous pas que la position du bois des Pies serait abandonnée. Elle est intenable. » C’est ce que constate l’artilleur une fois sur place : « Arrivé à la hauteur du bois des Pies, je tourne le dos aux lignes et j’aborde le bois dont les arbres sont réduits en grand nombre à l’état de troncs. Les trous d’obus semblent se toucher et il y en a de toutes les dimensions. Charmant coin ! Sur les abris existants à la position vacante il n’y en a qu’un qui puisse inspirer quelque confiance. » (Félix Fonsagrive, En Batterie !)



- Ce sont les artilleurs britanniques, réduits à une quasi impuissance, qui se trouvent dans le secteur au moment où les troupes d’assaut allemandes déferlent, dans l’après-midi du 27 mai 1918.

- Au moment de la reconquête alliée, à l’automne, le bois des Pies retrouve sa vocation antérieure lorsque le front se fige pendant quelques jours : « Après quatre jours de résistance sur l’Aisne, l’ennemi, le 10 octobre, écrase de ses tirs tout notre front. Bois de Gernicourt, bois de Pies et des Geais, Cormicy, etc… reçoivent un déluge d’obus de toutes sortes et de tous calibres. Les batteries sont soumises à de violentes concentrations d’ypérite. Notre infanterie n’est pas en meilleure posture et peut à tout moment demander le barrage. Il ne saurait donc être question d’évacuer les canonniers. […] Difficiles conditions pour reprendre dans la journée même la poursuite de l’ennemi qui masquait par ces tirs sa retraite. » (Historique du 30e RAC)



- Depuis la première guerre mondiale, le bois des Pies n’existe plus.

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dimanche 6 novembre 2011

C comme Cavaignac (Pierre-Marie)


- Militaire français
- Verdun 1887 – Vauclerc 1917

- Engagé volontaire au 57e RI à vingt ans, Pierre-Marie Cavaignac vient d’être admis à l’école de Saint-Maixent quand la guerre est déclarée.
- Le sous-lieutenant Cavaignac est dès le 14 septembre 1914 (fin de la contre-offensive alliée de la Marne) à Corbeny, blessé d’un éclat d’obus au bras droit.
- A partir d’octobre, le 57e est transféré près de Moussy et Verneuil, où il s’installe durablement (il ne le quitte – pour Verdun – qu’en avril 1916). Alors qu’il supervise les aménagements de son secteur, le 21 décembre 1914 « à 15h est blessé à la main droite le sous-lieutenant Cavaignac [2e bataillon, 5e compagnie]. La blessure, sans être grave, est assez sérieuse. Une fois pansé cet officier refusant de se laisser évacuer revient à son poste en disant “Ce n’est pas le moment de quitter mes hommes”. Malgré la fièvre qui survient il se remet courageusement à diriger les travaux. Déjà le 14 septembre le sous-lieutenant Cavaignac avait été contusionné par un éclat d’obus et était resté à son poste. » Il est cité à l’ordre de l’Armée le 17 janvier 1915. (JMO du 57e RI)



- Cavaignac est promu lieutenant (décembre 1915) puis capitaine (mars 1916). Après Verdun, il revient au Chemin des Dames, où son régiment doit participer à l’exploitation de la percée le 16 avril ; l’engagement est finalement annulé.
- Quelques jours plus tard, il est au-dessus de Craonnelle, sur les bords du plateau des Casemates que le 57e RI attaque le 5 mai.
- Pierre-Marie Cavaignac est tué d’une balle dans la tête, une nouvelle fois cité à l’ordre de l’armée « pour avoir trouvé une mort glorieuse, le fusil à la main, à la tête de ses hommes. »
- Il repose aujourd’hui au cimetière de Cerny-en-Laonnois.


- Le nom de Pierre-Marie Cavaignac apparaît dans l’ouvrage de Georges Gaudy, Le Chemin des Dames en feu.




Fiche MPF

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dimanche 30 octobre 2011

F comme Fougue (ou emballement ?)

- « Le capitaine Simonin commandant la 1ère compagnie a payé cher d’avoir transgressé l’ordre formel qui lui avait été donné de ne pas dépasser l’objectif prévu en fin de premier bond, ordre que j’étais allé lui rappeler moi-même ainsi qu’au capitaine Marchand commandant le groupement de droite, quelques minutes avant l’heure H.
Le bataillon a été victime de la fougue de cet officier qui s’est emballé et a emballé sa troupe. »
(rapport du chef de bataillon Mellier)



- Le 5 mai 1917, le 2e Bataillon de Chasseurs à pied (11e DI) attaque depuis la cuvette de Braye-en-Laonnois en direction de la ferme Malval, alors en contrebas du Chemin des Dames, versant nord. Son objectif premier est la possession des hauteurs du plateau, en liaison avec les régiments voisins (79e RI à droite, 4e BCP à gauche). Suivons-le, guidés par le sous-lieutenant Cayol, seul officier survivant de la 1ère compagnie.


- « A 9 heures moins 30 secondes le capitaine Simonin lève et agite un fanion blanc [fabriqué dans la toile d’un parachute de fusée par le sous-lieutenant Cayol] portant l’inscription au crayon bleu “Sursum Corda” [ « Haut les cœurs » ]. C’est le signal de l’assaut. »
- La progression est assez facile, rapide, trop même : il faut freiner pour ne pas être bombardé par l’artillerie française, tandis que les unités voisines ne suivent pas le même rythme. Le Vautour est enlevé. « On aborde la tranchée de l’Aigle. Je remarque à ce moment que nous somme quelques secondes en plein dans le barrage. Cette tranchée est mieux organisée, beaucoup plus occupée et quand nous la quittons, j’ai l’impression que le nettoyage a été trop rapide. Je pense au 69e qui devait nous suivre. Les Chasseurs sont fascinés par l’objectif final, attirés comme par un aimant par la ferme Malval qui profile déjà ses murs crénelés au-dessus du sol. »
- Les Français ont passé le point haut du plateau, sentent la pente devenir favorable. Cayol fait part de ses craintes à son capitaine : « Il faut arrêter dans cette tranchée ; si nous allons dans Malval tout de suite, nous allons nous faire abîmer par nos obus, et nous serons en saillant, position dangereuse pour une contre-attaque. » Réponse : « Poussez, mon brave Cayol, poussez les Gaulois à droite, il n’y a plus de Boche, vous serez sur l’Ailette. »
- Une demi-section parvient à droite de la ferme, une autre (avec Cayol) entre dans la ferme à 9h15. « Je suis heureux, Malval est pris. » le capitaine Simonin, qui informe immédiatement son chef de bataillon. Celui-ci lui répond : « Je vous embrasse, tenez bien ; nous vous soutenons. Je préviens l’artillerie. Vive la 1ère compagnie. »

- C’est alors que de la creute situé en arrière des bâtiments surgissent de nombreux grenadiers et une mitrailleuse allemands ; la résistance française s’organise mais l’effet de surprise joue à plein. « Le capitaine Simonin donne, du haut de son piédestal fait de moellons en tas, des ordres au geste et à la voix. » Les renforts français tardent, « la mitrailleuse boche me fait baisser la tête, et ceux de la Creute visiblement poussés par des chefs énergiques, et à coup de pied au c… escaladent mon talus. » Les munitions des chasseurs s’épuisent, malgré les demandes répétées du capitaine Simonin. « Au même instant je le vois plonger de 3 mètres, la tête en avant. Il gît sur le petit chemin et la tête baigne dans son sang. »
- « Les Boches devant moi progressent par infiltration ; quelques-uns sont déjà à quelques mètres, mais ils se font mitrailler au moindre mouvement. Damville arrive en arrière. Je l’appelle et il vient plus à droite. Je lui fais signe de se coucher et il arrive vers moi en rampant. Je lui montre les Boches devant nous. Il prend un fusil et tire. Ensuite il recharge son arme et … sa tête tombe fracassée sur mon épaule droite. »

- Après qu’un obus français a fait exploser un stock de 77 allemands, « je ne vois plus rien ; et après je n’ai plus que 2 chasseurs et le sergent Billard a mes côtés. Déjà la contre-attaque boche a paru devant nous. Plus personne là où était la compagnie. Je ne vois pas ma droite. Birou veut m’emmener ; je lui dis : « Restons ». Ils m’emmènent. » Le petit groupe se replie, certains sont tués ; « je passe en rampant à côté du Capitaine, je lui serre la main ; il est froid. J’escalade le talus, on me tire dessus de toutes parts. Je ne suis pas touché et me porte sur la tranchée Malval. »
- Cayol rejoint la tranchée de l’Aigle (« J’attends. J’ai beaucoup de mal à garder mes types ; un a un ils veulent partir ») puis celle du Vautour, où la résistance s’organise un peu mieux. La situation se stabilise dans la soirée, et seule l’artillerie agit pendant plusieurs heures.

- Il ne reste que 200 chasseurs au sein du 2e BCP ; 19 de ses officiers sont morts (10), blessés (5) ou disparus (4). Après une nouvelle attaque le 6, il est relevé par le 69e RI.


- Le corps du capitaine René Simonin reste sur le champ de bataille, contrairement par exemple à celui du capitaine Charles Marchand.


- Le sous-lieutenant Cayol reçoit la croix de la Légion d’Honneur des mains du général Vuillemot (11e DI) le 9 mai à Bourg-et-Comin.




JMO du 2e BCP (pages 12 et suivantes)

Fiche MPF du capitaine René Simonin


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dimanche 23 octobre 2011

F comme Fonsagrive (Félix)

- Militaire français
- Filliols (Pyrénées-Orientales) 18 ? – 19 ?


- A peine promu sous-lieutenant au 116e RAL (où il est affecté depuis 1915), Félix Fonsagrive est envoyé au sud de l’Aisne afin de préparer l’offensive Nivelle, le 28 février 1917.
- Le PC est établi sur la cote 186, sur les hauteurs de Cormicy (sur les cartes IGN actuelles, la « Petite Montagne »). « Du sommet qui forme terrasse la vue est d’un grand intérêt soit pour le touriste en quête de beaux panoramas, soit pour l’observateur d’artillerie toujours préoccupé de voir chez l’ennemi. »
- Tout en assistant aux autres préparatifs de la vaste opération et en se préservant des ripostes allemandes, Fonsagrive met en place sa batterie et celles de ses camarades. Un certain pessimisme s’installe chez les artilleurs : « Sur les premières lignes le marmitage continue, mais ces lignes sont si nombreuses, si puissantes, que j’ai l’impression que l’effort de notre artillerie n’est pas suffisant. […] Il y a là, en effet, un véritable chapelet de positions redoutables. »


- « Enfin, voici la grande journée. Le temps est splendide [sic !]. » Mais l’échec et la déception sont au-rendez-vous, comme on s’en rend compte bien vite, avant la mi-journée. « C’est donc une partie manquée, partie sanglante cependant car nos fantassins se sont bien battus et se battent encore. » Fonsagrive assiste en particulier, à la jumelle, aux difficultés rencontrées par les chars dans la plaine de Berry-au-Bac, constant l’absence de soutien de l’artillerie française et la facilité avec laquelle celle des Allemands peut les bombarder (« Je suis obsédé par le souvenir des tanks avançant en pleine lumière et servant de cibles aux canons ennemis »).

- A nouveau espoirs et désillusion le 5 mai, même si la prise de Craonne réchauffe le cœur de l’artilleur : les hauteurs entre Berry-au-Bac et Reims sont imprenables, « encore une fois la perfection des positions ennemies a triomphé de l’esprit offensif de nos troupes. »

- L’unité de Fonsagrive reste en secteur, se rapprochant de Gernicourt. Le 23, le sous-lieutenant part en permission : « je ne quitte pas le pays sans mélancolie : j’y étais venu avec tant d’espoir ! »



- Félix Fonsagrive part ensuite combattre sur le front de Verdun, où il est promu lieutenant.
- En 1919 il publie ses souvenirs : En batterie ! Verdun 1916 – La somme – L’Aisne – Verdun (1917)



- A noter : les trois frères de Félix Fonsagrive, Michel, Vincent et Joseph (futur général de division dans les colonies pendant la seconde guerre), ont participé au premier conflit mondial.

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lundi 17 octobre 2011

C comme Craonne (2) - en 1917

- Début 1917, Craonne présente encore le visage d’un village, malgré les destructions dont il est victime depuis près de trois ans. Les Allemands ont aménagé les lieux à leur convenance, utilisant au mieux les constructions et la pente pour leurs organisations défensives.


- Tout change avec la préparation de l’offensive Nivelle, qui commence par des bombardements intenses dans les premiers jours d’avril. Malgré l’échec de l’attaque d’infanterie, qui ne permet pas aux troupes de s’emparer des ruines comme cela était prévu, Craonne est pratiquement rayé de la carte, du moins en surface.


- Le 4 mai, Georges Gaudy sort de son abri en bordure du plateau de Vauclerc et observe la situation en compagnie du sergent Arsicaud : « A l’extrémité est de ce plateau, un peu plus haut qu’à mi-côte, s’accumulent des monceaux de décombres surmontés par deux piliers soutenant un fragment de voûte. Je reconnais Craonne et ce qui fut son église. [...] Des 220 en effet s’abattent sur les ruines. Leur mugissement monte derrière nous, se détache entre tous les bruits, se perd dans les hauteurs. Quelques secondes ... et parmi les débris déchirés, deux colonnes couleur d’encre s’élancent, verticales. [...] Sous leurs coups de bélier, Craonne chancelle encore, s’abat par fragment, se morcelle. On dirait des marteaux-pilons qui frappent à coups répétés, pulvérisent et broient. Quand la fumée se disperse un instant, le dernier vestige de voûte soutenu par ses deux piliers apparaît, résistant toujours dans le chaos.
Et des Allemands sont tapis sous ces décombres !... Notre cœur est saisi de pitié. Craonne, dit-on est occupé par la Garde. Fameux soldats, qui savent résister à de telles épreuves !... »

- Vers 17 heures, alors que le ciel est d’un « bleu lumineux », « les piliers et les arceaux viennent de s’abattre dans un tourbillon aux teintes de suie. J’entends – ou je crois entendre –, bruit clair à travers les bruits sombres, la dégringolade des pierres. Nous tressaillons de joie, puis nous nous sentons oppressés ; car ce qui tombe sous nos coups, c’est un peu de la vieille patrie. »

- A 18 heures, deux bataillons du 18e RI (Olivari et Robert) et une compagnie du 34e (lieutenant Aron) partent à l’assaut de Craonne et des hauteurs de Californie. Une section Schilt suit, qui nettoie les nombreuses caves encore fortement occupées du village.
- L’opération, bien préparée, est une réussite rapide puisque réalisée en quelques minutes (« Notre progression a été relativement facile, l’ennemi s’étant peu défendu »). « J’aperçois, le long de la pente, des points noirs qui bougent. Ce sont des hommes. Ils se multiplient, surgissent des entonnoirs. Ils forment maintenant une ligne étendue qui monte, qui monte vers les ruines du village. […] Les émouvantes formes humaines se dispersent, s’enfoncent dans les excavations, reparaissent, se regroupent, entre dans les décombres, se dressent sur les moellons, passent au travers des murailles éventrées. Et quand la réserve se déploie à son tour et s’élance à l’assaut de ces pierres, la première vague est déjà au nord du village » (Gaudy). Même description chez Arnaud Pomiro : « je vois à la jumelle des poilus du 34e régiment qui, sortis de leurs tranchées de Craonne, courent de trou d’obus en trou d’obus et grimpent la crête. Ils lancent des grenades tout en marchant. Les baïonnettes scintillent. J’en compte un, deux…, neuf qui arrivent tout à fait à la crête et continuent à la queue leu leu tout en lançant des grenades. Tout mon être tressaille. Ca y est ! Nous y sommes ! Espérons que nous la garderons. »
- En fin de journée, « les positions conquises sont organisées ; nos pertes sont légères, 215 prisonniers tombent entre nos mains. »

- Dans les unités voisines la nouvelle circule rapidement, confirmée par les réactions de l’artillerie allemande et les tentatives de contre-attaque qui, toutes, échouent. Dans l’abri de Georges Gaudy, « des poilus se bousculent et voudraient sortir. La peur d’être écrasés dans l’ombre ? Peut-être ! Mais surtout le plaisir de contempler Craonne reconquis. »



(Sources : Georges Gaudy, Le Chemin des Dames en feu ; Arnaud Pomiro, Les carnets de guerre d’Arnaud Pomiro et les JMO disponibles des unités concernées)

jeudi 13 octobre 2011

R comme Ra(m/n)stadt


- Boyau allemand devenu français en mai 1917, sans doute baptisé d’après la ville allemande du Bade-Wurtemberg
- Il est orthographié de différentes façons selon les sources, le « n » remplaçant parfois le « m » sur certaines cartes tandis que Georges Gaudy écrit « Rastadt » dans son ouvrage Le Chemin des Dames en feu.

- Le Boyau de Ramstadt est essentiel à la défense du plateau des Casemates puisqu’il relie la tranchée du Balcon, en première ligne, aux lisières de la forêt de Vauclerc (Ouvrage de la Lisière ou Talus de Gérardmer), en passant par la Grande Tranchée, qui joue un rôle central.
(carte)

- C’est l’axe d’attaque du 57e RI (1er bataillon, dont fait partie Georges Gaudy), le 5 mai 1917, avec comme objectif la prise de la totalité des hauteurs du plateau ; face à lui le 2e régiment de la Garde et le 56e du Munster.
- En fin de journée, la Grande Tranchée est atteinte, mais les positions sont difficilement tenues, notamment à cause de la résistance des installations défensives allemandes bétonnées qui donnent son nom au lieu : « combats à la grenade sur le plateau des Casemates avec des groupes ennemis qui tentent de s’infiltrer jusque dans le boyau de Ranstadt d’où ils sont définitivement chassés vers 19 heures par l’intervention concordante de la 11e compagnie (David) et de la compagnie Weil du 144e RI. » (JMO 57e RI)

- “La situation ne se modifiera plus jusqu’au 6 mai, à 10 heures, où, sur les indications du colonel commandant la Brigade, notre ligne est reportée sur toute la longueur du boyau de Ranstadt, sa pointe extrême à 40 mètres au sud du point 2115. » (idem)
- Plusieurs contre-attaques sont alors repoussées, avant que les Français se rendent maîtres de l’ensemble des plateaux dans l’après-midi.

- Le 6 au soir, « le silence tombe, inattendu. Les munitions sont épuisées. La poudre s’envole et le boyau se révèle épouvantable. Dans toute l’étendue visible, des corps gisent étendus.
C’est un cimetière.
Il est semé de fusils, de cartouches, de bandes de mitrailleuses, de chargeurs boches ou français.
Dans ce premier coup d’œil je comprends les combats de la nuit. Les cadavres au masque tordu, crispant leurs mains durcies sur l’arme qu’ils n’ont pas lâchée, le racontent. Ils forment par endroits des grappes de cinq, six hommes, jetés en tas l’un sur l’autre. »
(Gaudy)


- Pendant plusieurs semaines, le boyau de Ramstadt est fréquemment attaqué par les Allemands, qui s’en rapprochent sans jamais parvenir à le reprendre. Ce n’est qu’après leur repli du 2 novembre sur l’Ailette que la situation devient plus calme.

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vendredi 7 octobre 2011

B comme Backmann (Charles), dit Merlot

- Soldat français
- Osenbach (Haut-Rhin) 1893 – Mont Renaud 1918

- Alsacien, Charles Backmann s’engage en octobre 1914 au 2e régiment de la Légion étrangère ; il se fait alors appeler Merlot. En avril 1915, il rejoint le 57e RI à proximité de Moussy et de Verneuil.

- Lors de l’attaque sur le plateau des Casemates, le 5 mai 1917, Backmann (qui « agite dans un coin sa puissante carrure et vocifère avec des intonations tudesques dans la voix ») est particulièrement remarqué, ce qui lui vaut une citation à l’ordre de sa brigade pour avoir capturé plusieurs Allemands qui résistaient dans leur abri.

- Charles Backmann est tué le 27 mars 1918 au Mont Renaud, dans l’Oise, lors de la première des offensives allemandes du printemps ; une nouvelle citation lui est accordée à titre posthume pour son courage ce jour-là. Il est inhumé au cimetière de Passel.

Source principale : George Gaudy, Le Chemin des Dames en feu, qui le nomme Rackmann ...



Fiche MPF

samedi 1 octobre 2011

R comme Roxane

- P.C. du 152e RI sur le plateau des Casemates en 1917
- Après avoir avancé jusqu’aux limites nord du plateau le 22 mai, le futur régiment des « Diables rouges » installe son système de défense.

- « Le colonel Barrard avait établi son P.C. à 400 mètres à peine de la tranchée de départ. Ce P.C. portait un nom délicieux. Je ne sais d’ailleurs pourquoi on lui avait donné un nom de femme. Par dérision sans doute. O lamentable et insipide P.C. Roxane, aux cases étroites et surchauffées ; P.C. où s’entassaient pêle-mêle sur les marches d’escaliers, fantassins, sapeurs, artilleurs ; refuge de tous les agents de liaison, des secrétaires, des téléphonistes ; relais où s’arrêtaient pour se reposer, reprendre haleine et se remettre de leurs émotions les coureurs et hommes de corvée ; P.C. où il fallait travailler, manger, dormir au son des musiques les plus variées : éclatement des gros obus qui s’écrasaient devant les entrées, bruit strident du ventilateur, perpétuel grincement de la T.S.F., ronflement sonore des hommes. Ô P.C. Roxane, au nom prometteur et charmant, que d’imagination il aurait fallu à ceux qui t’habitaient pour évoquer, dans un tel vacarme et dans une atmosphère aussi empestée, l’image de quelque gracieuse Orientale, ou seulement de la précieuse coquette de Cyrano ! […]
Le commandant du Bourg songe aux poilus qu’il a vu le matin en ligne, aux poilus qui vivent perpétuellement sous le bombardement. Il voudrait être comme eux. Ce P.C. Roxane où l’on meurt de chaleur et où l’on respire un air empoisonné, mais où l’ont tout de même à l’abri, ce P.C. Roxane, il le trouve trop confortable et le hait. Aussi passe-t-il son temps à faire les cent pas devant. Il va d’une entrée à l’autre, jouant comme à balle avec les obus qui consciencieusement, régulièrement – les Boches connaissent la sape – s’écrasent devant l’une et l’autre entrée. Et il soutient, car il ne veut pas avouer le vrai mobile de ses actions, qu’il fait meilleur vivre en plein air que dans un four. C’est une façon de nier le danger. »

(Source : Historique du 152e RI)


Photo dans la Lettre du Chemin des Dames n°22

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samedi 24 septembre 2011

C comme Chemin du Facteur


- Chemin de randonnée (à pied, à VTT, etc.) qui traverse la forêt de Vauclerc entre l’abbaye du même nom et le village de Craonne. Il est inauguré à l’été 2011 dans le cadre de la mise en valeur des sites historiques du Chemin des Dames, avec installation de panneaux d’information.
- Le Chemin du Facteur (ou du Vaguemestre selon que l’on pense au temps de guerre ou aux temps de paix) permet de découvrir des sites inédits et/ou mal connus du secteur et de parcourir des tranchées qui firent l’objet de combats farouches entre les deux camps pendant toute l’année 1917 (Sapinières, Gérardmer, Bordeaux).

- Détails du circuit et les aspects pratiques sur le site randonner.fr :
http://aisne.tourinsoft.com/upload/MEDIA_e3bbf519-731c-4206-8e77-0b62c6c280c2.pdf



Lire la lettre du Chemin des Dames n°22 (été 2011) évoquant le chemin :
http://www.chemindesdames.fr/photos_ftp/contenus/LCDD%2022%20web.pdf


Un compte-rendu de la visite guidée (par Yves Fohlen) du 27 août 2011 sur le site du gîte rural de Paissy, La Paisible :
http://www.gite-chemindesdames.fr/actu.html

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mardi 20 septembre 2011

K comme Kaiser Tunnel

- Tunnel allemand pris par les Français en 1917

- Comme d’autres régions du front, le Chemin des Dames possède son « Kaiser Tunnel ». Dans de nombreux documents, il est nommé « Kaisertreu tunnel » (littéralement « fidèle à l’Empereur »).
- Il se trouve à l’est du plateau de Vauclerc, à proximité immédiate du moulin de Vauclerc (aujourd’hui du monument Napoléon). Le tunnel naît dans les premières pentes de la forêt de Vauclerc (au point baptisé « Kaisertreu ») et ressort sur le point haut du plateau, à l’ouest du moulin, près de la tranchée qui porte ce nom.

- En avril 1917, les Français buttent sur les défenses des plateaux de Vauclerc et des Casemates, ne parvenant à progresser que très faiblement. Le tunnel joue alors un rôle essentiel dans l’acheminement des réserves allemandes vers les hauteurs, tandis que les assaillants ne parviennent pas à détruire les entrées.
- Le 5 mai, lors de la reprise de l’offensive Nivelle, le 57e RI (en liaison avec le 123e à sa gauche) progresse sur Vauclerc et parvient après de grosses difficultés à atteindre les limites du plateau, s’emparant donc de l’ensemble des entrées du Kaiser Tunnel. A 18 heures, c’est l’entrée sud qui est en possession de la compagnie Weil ; mais il faut attendre la journée du 6 pour que les Français (avec arrivée du 144e RI) maîtrisent la situation, notamment après avoir réduit les casemates voisines.


- Fin mai, le 152e RI arrive sur le plateau de Vauclerc. Parmi eux le docteur Chagnaud ; « Les hommes, couverts de boue et pitoyables, se recroquevillent dans les niches de glaise, l’arme entre les genoux et enveloppés de leur toile de tente ils demeurent immobiles pour n’être pas repérés par les avions ennemis. Je croise le commandant Thiéry qui, à la vue d’un médecin dans sa ligne le jour d’une attaque, marque sa surprise en restant muet. Ses médecins, Descottes et Fortier, occupent l’extrémité du Kaiser Tunnel. C’est un long couloir creusé par l’ennemi et étayé solidement, avec une voie pour wagonnets et des escaliers tellement raides et étroits qu’il est impossible d’y descendre de grands blessés sur brancards. On y patauge dans une boue liquide et pestilentielle mélangée d’excréments et d’urine. » (Docteur Chagnaud, Avec le 15-2. Journal et lettres de guerre)

- Le 1er juin, Arnaud Pomiro (49e RI) s’installe dans la zone et décrit les lieux sensiblement de la même façon : « Je passe par le fameux tunnel qui nous a fait perdre beaucoup d’hommes. C’est une galerie majeure de 300 m de long où les Boches plaçaient leurs réserves. Il y avait un petit Decauville et la lumière électrique. En ce moment c’est une galerie obscure, très humide, très froide où l’on aperçoit toute espèce de choses : munitions de toutes sortes en pagaille, des sacs à terre, des récipients divers, planches jetées sur le sol formant un chemin étroit au milieu de flaques d’eau produites par des sources. Nous y avons installé – bien sommairement d’ailleurs – deux postes téléphoniques, deux relais de coureurs, le poste de secours du 3e bataillon, une section de canons 37, en tout une trentaine de poilus. Il y a en tout six entrées, deux au sud-est, deux au nord-ouest et deux au centre, toutes dirigées du côté des Boches. » (Les carnets de guerre d’Arnaud Pomiro, page 325)



- Intégré dès lors au système défensif français le Kaisertreu Tunnel joue un rôle important le 27 mai 1918, lorsque le 118e RI l’utilise pour freiner, temporairement, l’irrésistible avancée allemande.


- Le Kaiser Tunnel du Chemin des Dames n’a jamais fait l’objet de travaux de conservation depuis la fin de la guerre et constitue donc aujourd’hui un lieu dangereux.

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samedi 17 septembre 2011

P comme Pomiro (Arnaud)

- Soldat français
- Bardos (Pyrénées-Atlantiques) 1880 – Capbreton (Landes) 1955

- Instituteur, le sergent Arnaud Pomiro est mobilisé au 175e RI en février 1915, avec lequel il part en Orient pour combattre dans la région des Dardanelles. Après des problèmes de santé, il est rapatrié en France (juillet) puis affecté pendant plusieurs mois à des postes à « l’arrière-front » au sein du 49e RI. Il séjourne alors longuement dans l’Aisne.


- Début avril 1917, Pomiro (devenu sous-lieutenant) est transféré de l’Oise vers la région de Château-Thierry puis, progressivement, vers la vallée de l’Aisne, ce qui lui permet d’assister longuement aux préparatifs de l’opération Nivelle. Le 13, depuis les hauteurs de Dravegny, « j’aperçois au loin tout le front de bataille ; une trentaine de saucisses et pas mal d’avions sont dans l’air. A la jumelle je distingue assez nettement les éclatements des obus. »
- Le 16, le 49e est à Beaurieux mais n’est finalement pas engagé (« l’attaque n’a pas répondu à nos espoirs »).
- Après quelques jours autour d’Arcis-le-Ponsart, Arnaud Pomiro est envoyé en première ligne près de Craonnelle, le 22 avril. Il y reste jusqu’au 11 mai, participant notamment à l’attaque du 5 à partir de la tranchée du Balcon qui progresse et capture de nombreux Allemands « ravis d’être prisonniers ».

- Suivent quelques jours de repos et de permission, où Pomiro prend connaissance des mutineries qui touchent les unités du Tardenois ; puis c’est le retour en première ligne, à Craonnelle, jusqu’au 15 juin. Le 3, les Français repoussent tant bien que mal une violente attaque allemande sur l’ensemble des plateaux au nord du village.
- Vient enfin le jour du départ, le vendredi 15 : « la journée a été accablante et abrutissante par la chaleur et par le bombardement de part et d’autre ; d’ailleurs le dernier jour en secteur produit toujours cette impression. On n’a pas grand-chose à faire et on a hâte de partir. »


- Le régiment est ensuite envoyé dans le nord-est, avant de résister aux Allemands en Picardie en mars puis juin 1918. Arnaud Pomiro revient dans le secteur du Chemin dehttp://www.blogger.com/img/blank.gifs Dames lors de la contre-offensive alliée de septembre autour de Pinon et Chavignon.

- En 1919, il reprend son métier d’instituteur.


Source principale : Les Carnets de guerre d’Arnaud Pomiro (présentés par Fabrice Pappola), éditions Privat, 2006

Voir aussi : http://www.crid1418.org/temoins/2008/08/25/pomiro-arnaud/

mardi 12 juillet 2011

J comme Jubert (Raymond)

- Soldat français
- Charleville (1889) – Douaumont(1917)

- Raymond Jubert, avocat à Charleville, est mobilisé au sein du 91e RI avant de combattre au 151e à partir d’avril 1915, où il devient sous-lieutenant. Il combat notamment à Verdun, écrivant un carnet particulièrement vivant de la bataille (publié en 1989 sous le titre Verdun, mars, avril, mai 1916).

- Raymond Jubert est blessé le 16 avril 1917 lors de l’offensive Nivelle. Le 151e RI attaque dans le secteur du Choléra après de grosses difficultés pour se rendre en première ligne, notamment lors du franchissement de l’Aisne. Malgré la préparation d’artillerie et l’appui des tanks, la résistance allemande n’est que peu affaiblie et les pertes sont très lourdes (98 tués, 454 blessés et 21 disparus pour cette seule journée).

- Revenu au sein de son unité, il est tué en août 1917 au Bois de la Chaume, près de Douaumont.

Sources :
Fiche MPF

JMO 151e RI

Un blog (en anglais) sur le 151e RI

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samedi 9 juillet 2011

U comme Uniforme(s)

- Fin 1914, l’armée française n’est pas encore homogène concernant son équipement, y compris au sein d’une même unité. En voici un exemple …

- Le 28 décembre, le lieutenant Paul Truffau (246e RI) est à proximité de Soissons, dans les tranchées de première ligne de Crouy, au pied de la Cote 132. Il connaît bien le secteur puisqu’il y est arrivé lorsque la contre-offensive française de septembre a butté sur les hauteurs du Chemin des Dames. « Temps abominable, averses que secouent des bourrasques. Le boyau 5 est un torrent. […] Les hommes s’agitent dans cette glaise gluante qui les enlise et retient l’eau. »
- Les lignes françaises et allemandes sont très proches, le no man’s land à peine identifiable. « En regardant par-dessus le talus, j’ai vu deux cadavres qui sont à vingt-cinq mètres, à l’endroit où la crête militaire disparaît : deux fantassins du 204, un tombé sur la face, avec la nouvelle tenue bleutée et le sac brun ; l’autre, avec le pantalon rouge et la capote bleutée, tombé sur le flanc, et qui tourne vers nous un visage blanc comme du papier détrempé. »



Source : Paul Truffau, 1914-1918. Quatre années sur le front (page 61)

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dimanche 3 juillet 2011

G comme Grange (Claude)


- Sculpteur français
- Vienne 1883 – Paris 1971

- Prix de Rome en 1913, Claude Grange est mobilisé lorsque la guerre commence et devient sergent au sein du 5e RIC.
- Dès janvier 1917, il est au Chemin des Dames, sur le plateau d’Ailles, capitaine commandant la 9e compagnie du 3e bataillon (source : JMO). Le 16 avril, il participe à l’offensive Nivelle dans ce secteur, avant d’être relevé le 19.

- Après la guerre, Claude Grange réalise plusieurs monuments aux morts. On lui doit notamment le Monument des Basques (1928), sur les hauteurs au-dessus de Oulches, en collaboration avec l’architecte Mathieu Forest.



Une biographie de Claude Grange

Lettre du Chemin des Dames n°1

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lundi 27 juin 2011

D comme Doyen

- Doyen est le nom d’un colonel du 8e RI (2e DI) qui combat autour de Pontavert et à proximité de la ferme du Choléra lorsque le front se stabilise, à partir du 14 septembre 1914.
- René Louis Doyen est né à Meulan (Seine-et-Oise, actuellement Yvelines) en 1860. Il prend le commandement par intérim de la 4e Brigade le 2 septembre 1914 en remplacement de Pétain, nommé général à la 6e DI.
- Le 16, le 8e RI reçoit l’ordre d’attaquer les positions allemandes autour de la ferme du Choléra : échec. L’assaut reprend le lendemain, sans plus de succès. Les pertes des deux côtés, surtout chez les Français, sont considérables, y compris chez les officiers et sous-officiers. Le colonel Doyen est « tué d’une balle en pleine poitrine » (il est remplacé le 21 par le commandant de Clausade, promu colonel). Au cours des mêmes combats, le lieutenant-colonel Rougeot « grièvement blessé est coupé en deux par un obus sur le brancard où on l’avait placé pour le transporter à l’ambulance, deux des brancardiers sont tués du même coup. »
- René Doyen est inhumé au cimetière Montparnasse, à Paris. Une rue porte son nom à Saint-Omer, lieu de casernement du 8e RI.



- En son honneur, les survivants du régiment baptisent du nom de Doyen une hauteur qui borde, au nord, la route entre Pontavert et la ferme du Choléra et la Miette (NDLA : je n’ai pas trouvé de confirmation dans les documents, mais il s’agit d’une hypothèse fort plausible). L’endroit conserve ce toponyme pendant tout le conflit.
- Le Mont Doyen marque le sommet de la Butte aux vents, auquel il est souvent assimilé dans les documents d’époque.
- Son altitude est d’un peu plus de 70 mètres (contre 55 sur les bords de la Miette).

Carte issue du JMO du 201e RI (janvier 1915)

- Aux mains des Français après la contre-offensive de septembre 1914, le Mont Doyen est en première ligne pendant plusieurs mois. La butte est garnie d’observatoires, de nids de mitrailleuses, parcourues de tranchées et de boyaux. La fin de l’année 1914 est marquée par des combats quasi permanents de la part des deux camps, qui cherchent à améliorer leurs positions dans le secteur.
- Il faut attendre les maigres succès français d’avril 1917 (prise du Bois-des-Buttes et progression jusqu’à la Nationale 44 puis au-delà) pour que le Mont Doyen retrouve un calme relatif, tout en gardant son importance stratégique.





Fiche MPF de René Doyen

Fiche MPF de Jules Rougeot


JMO du 8e RI




A consulter : le blog d’Hervé Toulotte

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vendredi 24 juin 2011

M comme Message

- Le 28 octobre 1914, le 352e RI s’installe sur le plateau de Vregny, au nord de Bucy-le-Long, en première ligne. Les soldats de la 22e compagnie (6e bataillon) aménagent les réseaux de tranchées existant, en construisent de nouvelles encore plus proches des Allemands, « malgré le clair de lune et un feu de salve ».

- « L’adjudant Alessandri, commandant cette section, ayant aperçu un drapeau planté sur une crête au nord-ouest de sa tranchée, et croyant voir dans ce fanion un point de repère pour l’artillerie ennemie, ou un signal quelconque, n’hésite pas à l’enlever. Ce fanion, aux couleurs allemandes, porte sur une feuille de papier cousue sur l’étoffe : ‟PAUVRES FRANCAISES, SAUVE QUI PEUT ! ANVERS EST TOMBE, BELFORT, LILLE, TOUL ET DUNKERQUE EST PERDU, 350 000 ANGLAISES ET FRANCAISES AUSSI, 300 000 RUSSES SONT EN PRISON ET GRACE A DIEU BIENTOT C’EST A VOUS. UN SIMPLE GRENADIER.ˮ »

- L’incident n’a pas de suite ; l’adjudant Alessandri est cité à l’ordre de la brigade mixte. Il ets grièvement blessé le 13 janvier 1915, lors de la bataille de Crouy.


Source : JMO du 352e RI

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dimanche 19 juin 2011

V comme Vauxmérons

- Vallon et bois de l’est de Braye-en-Laonnois (orthographié aujourd’hui Vaumerons)

- Après la stabilisation du front, en septembre 1914, le secteur est aux mains des Allemands. Ceux-ci profitent des carrières qui se trouvent en bordure de plateau et des obstacles naturels parsemant les pentes pour établir leurs défenses, garnissant en outre le bois de réseaux de barbelés. L’ensemble Vau(x)merons / Grelines / Bois Brouzé devient une zone redoutable pour les soldats d’en face …


- Le 146e RI, avec à sa gauche le 153e (39e DI), est chargé de s’emparer des Vauxmérons dès les deux premières heures de l’offensive Nivelle, le 16 avril 1917. Espoir déçu, puisque le régiment est longuement bloqué autour de Chivy par des mitrailleuses, avant d’atteindre le plateau du Mont de Beaulne en fin d’après-midi (pertes : 61 tués, dont 6 officiers ; 199 blessés, 2 disparus, soit un total de 262).
- Le 17, « à l'aube, des patrouilles du 26ème [RI] se rendent compte que sous la pression des attaques des deux jours précédents, l'ennemi s’est retiré sur le plateau où passe la ligne Hindenburg. Il a évacué Braye et l'éperon de Braye, mais il occupe solidement le rebord du plateau et les têtes de ravin de la ferme Froidmont et des Vauxmérons, ayant ainsi des vues sur toute la cuvette de Braye et la tenant sous ses feux. » (Historique 2e BCP)

- Pendant les jours suivants, le 146e butte sur la résistance allemande dans les tranchées de la Voile et du Mât, juste au sud du Chemin des Dames, après s’être emparé de celle de la Saale (176 nouvelles pertes jusqu’à la relève du 21 avril). Pendant ce temps, les mitrailleuses allemandes des Vauxmérons nuisent considérablement aux Français et bloquent toute tentative de progression dans le secteur.
Carte issue du JMO du 146e RI


- Le 5 mai, l’offensive est relancée avec comme ambition de franchir le Chemin des Dames et de contrôler toutes les hauteurs. Une compagnie du 37e RI est chargée spécifiquement de « nettoyer » le ravin et les carrières pour permettre la progression de ses camarades, à droite et à gauche. De son côté le 79e RI est chargé de prendre pied sur le plateau au nord des Vauxmérons et des Grelines par la gauche. Le 2e bataillon de ce régiment gagne « avec facilité son premier objectif avec la 7e compagnie pendant que la 6e compagnie nettoye la carrière en Y dans les Vauxmérons et progresse dans la Tranchée de la Mouette. Cette progression dans les Vauxmérons se fait normalement, en liaison avec une compagnie du 160e qui aborde la Tranchée de la Mouette par le sud. » Les pertes sont très limitées et la progression au-delà des restes de la route se poursuite convenablement. Vers midi, la réaction allemande oblige à un repli vers les carrières de Vauxmérons (JMO 79e RI).


- Après le 160e, c’est au tour du 418e RI d’occuper le secteur à partir du 14 mai : « le ravin des Vauxmérons n’est pas tenu, le flanc du régiment est donc découvert. Mais le fond du ravin est marécageux et nous tenons les deux pentes. Le danger n’est donc pas tel qu’on pourrait le croire au début. La situation nécessite néanmoins une vigilance toute spéciale. »
- La situation évolue peu, entre coups de main, bombardements et travaux défensifs qui modifient peu les lignes.


- Le mois de juin et marqué par un certain « calme » souligné par les comptes-rendus du 74e RI. Les Vauxmérons deviennent une sorte de no man’s land dans lequel seules des patrouilles s’aventurent, les inconvénients liés à la nature du terrain et les risques liés à la présence de mitrailleuses des deux camps autour du ravin rendant toute installation trop risquée – pour un bénéfice très limité.

- Le front reste figé tout l’été, plus tranquille que les secteurs situés quelques hectomètres à l’est. Il faut attendre le repli allemand sur l’Ailette, le 2 novembre, pour que les Vauxmérons deviennent français.

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mercredi 15 juin 2011

C comme Cuvier (Georges)

- Soldat français
- 18 ? – 19 ?

- Georges Cuvier est soldat au 162e RI le 16 avril 1917, qui attaque dans le secteur de la ferme du Choléra vers le bois de Claque-Dents jusqu’au retrait du front le 7 mai.

- Après Verdun et la Lorraine, il participe à la contre-offensive de l’été 1918, à la prise de Soissons puis à la progression vers Laffaux fin septembre et début octobre.


- Après la guerre les Editions du Combattant publie ses souvenirs, La Guerre sans galons. A l’aventure avec le Cent-Six-Deux : des révoltes à la victoire. Il y décrit notamment les mutineries de Ronchères (22-24 mai 1917), auxquelles il ne participe pas (« Je les excuse, certes, comprenant que pour certains la coupe ait débordé »).

Cf. un article de Nicolas Offenstadt qui évoque la position de G. Cuvier dans ce domaine

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dimanche 12 juin 2011

H comme Hurtebise (ferme)




- Ferme de l’extrémité est du plateau du Chemin des Dames

- En 1914, la ferme d’Hurtebise est déjà un lieu célèbre grâce à Napoléon et à la bataille dite de Craonne. Située sur l’isthme d’Hurtebise, c’est est un lieu stratégique très disputé de tout temps qui permet d’obtenir des vues essentielles sur les vallées de l’Ailette et de l’Aisne.


- Dès septembre 1914, elle connaît de très violents combats.
- Pendant 6 jours, du 13 au 18 septembre, les Zouaves (qui ont repris la ferme) et le 12e RI résistent aux assauts allemands.
- Les propriétaires, la famille Adam, refusent de quitter leur ferme. Ils se réfugient dans la cave, rejoints progressivement par les blessés français, tandis que les bâtiments sont peu à peu incendiés par les bombes, le bétail étant tué par les flammes. Face aux dangers, les douze occupants de la cave sont évacués vers La vallée Foulon.
(Pour tous les détails de ces journées, voir ici)


- Le 26 septembre, un assaut des Allemands contre le 49e RI, qui a remplacé le 12e, leur permet de reprendre possession des lieux (le 49e perd 304 hommes, dont 81 tués). Ils les conservent longuement, confortés après leur victoire de la Creute au début de 1915. La ferme d’Hurtebise brûle encore le 27 ; « la lueur de l’incendie permet d’observer de fortes tranchées allemandes construites sur la face Ouest de la ferme. » (JMO 4e Zouaves)


- A cette date, la ferme n’est plus qu’un amas de ruines parcouru par les réseaux de tranchées qu’un officier allemand prend en photo pendant l’hiver (page 7).
- Après des mois de bombardements, et surtout ceux qui préparent l’offensive Nivelle, il n’en reste presque rien, si ce n’est sur les cartes qui représentent toujours ses vastes bâtiments et dans les communiqués qui lui donnent une renommée encore plus grande.



- La ferme d’Hurtebise retrouve une place centrale dans les combats pendant tout le printemps et l’été 1917. Elle est sans cesse prise et reprise par les deux belligérants, dont aucun ne parvient à stabiliser durablement ses positions dans le secteur.
- Il faut attendre le 2 novembre pour voir le calme revenir autour des anciens bâtiments.


- Le 27 mai 1918, c’est à nouveau un lieu d’affrontements au cours de l’offensive-éclair allemande, cependant accrochée un peu sur l’isthme.


- Après la guerre, la ferme d’Hurtebise est reconstruite pratiquement à l’identique. On s’y bat à nouveau fin mai 1940.

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mercredi 8 juin 2011

500 comme 500e jour de guerre au Chemin des Dames

Le 23 décembre 1915 est le 500e jour de la guerre.
Le Chemin des Dames est un des secteurs « calmes » du front depuis plusieurs mois. Les dernières journées de l’année ne dérogent pas à cette situation, et l’activité des unités françaises et allemandes présentes dans la région est très limitée.


Des deux côtés on prépare Noël tout en soignant les maladies hivernales, qui remplissent les infirmeries de la vallée de la Vesle ou du Laonnois.
Le quotidien des soldats, ce sont les relèves qui font alterner présence en première ligne et position en réserve, souvent dans les creutes. Ce sont les travaux de construction d’abris pour résister aux intempéries du deuxième hiver du conflit.
L’artillerie maintient une activité « normale », à laquelle les soldats se sont habitués (300 obus échangés sur le front tenu par le 37e CA, autour de Soissons). Elle est un peu plus marquée à proximité du Bois des Buttes, où a même lieu un combat à la grenade. Les pertes dans les unités sont cependant partout négligeables, le plus souvent nulles.


Chez les Français, la préoccupation essentielle est la montée des eaux de l’Aisne, dont on surveille la crue chaque jour et qui oblige à des aménagements dans les réseaux de tranchées. Après une forte hausse dans les journées précédentes, la situation s’améliore (27 cm de baisse le 22 décembre et situation stationnaire le 23) avant de redevenir inquiétante lors des derniers jours de 1915. Dans le secteur de la 2e DI, « l’eau inonde complètement la plaine entre la tranchée de la Miette et le boyau Bugeaud. » (étiage à 2m39).


L’activité est un peu plus importante autour de la Cote 108, où la guerre des mines continue : le 23, le Génie de la 1ère DI répond aux Allemands qui, la veille, ont fait sauter un camouflet (dans le but de rendre le terrain impropre à la construction d’un tunnel) et lancé de nombreux obus sur zone. Un double camouflet explose tard dans la soirée, vers 23h30, accompagné d’un intense bombardement.


En somme, une journée banale de la guerre pour le Chemin des Dames – à l’image de la plupart des régions traversées par la ligne de front ; devenue banale pour les soldats des deux camps, malgré ses dangers et sa pénibilité permanents.



Sources: JMO des unités présentes dans la région
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mercredi 1 juin 2011

B comme Brassard (Léopold)


- Soldat français
- Saint-Malo 1890 – Bucy-le-Long 1915

- Léopold Brassard est sergent-major à la 21e compagnie du 352e RI lorsque commence la bataille de Crouy en janvier 1915 (il est présent dans le secteur depuis début octobre 1914).
- Il est tué le 13 alors qu’il essaie de résister aux assauts allemands au nord de la ferme de la Montagne, sur le plateau de Vregny (le long de la route Bucy-Pont Rouge). « L’attaque de l’ennemi s’est produite en ligne de tirailleurs très denses (effectif évalué à 1 bataillon). En raison de la faible distance, l’ennemi a pu aborder rapidement nos postes avancées et notre première ligne, non sans subir de fortes pertes. » La section du sergent Brassard réalise un « tir efficace mais de courte durée ; se replie. »

- Un monument lui est élevé en bordure du ravin des Cornants.



Fiche MPF


JMO du 352e RI début janvier 1915, avec détails de la bataille

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samedi 28 mai 2011

P comme Paradis

- Bois du versant sud du Chemin des Dames, à quelques hectomètres à l’ouest de la sucrerie de Cerny-en-Laonnois.

- Après les combats de septembre 1914, les Allemands parviennent à conserver le secteur, qui se retrouve cependant en première ligne pendant presque toute la durée de la guerre. Ils l’aménagent et le fortifient ; c’est ainsi que l’on construit une tranchée qui porte le nom de Paradis, parallèle au Chemin des Dames, sur les premières pentes, à proximité de l’arbre de Cerny. Un boyau porte aussi ce nom, qui relie le bois aux tranchées de premières lignes à proximité de Beaulne. On trouve encore les « Paradis Lagen », positions fortifiées sur les pentes du saillant qui domine Chivy. Enfin, un tunnel est construit et aménagé.
Cf. carte du 1er Régiment de Tirailleurs


- Le 16 avril, de violents combats se déroulent dans le ravin du Paradis pendant toute la journée. Les installations défensives allemandes jouent particulièrement bien leur rôle : non complètement détruites par les bombardements, les mitrailleuses de l’est du bois retardent considérablement l’avancée du 1er régiment de Tirailleurs. Elles tirent jusqu’au dernier moment, capturées ou anéanties par les vagues d’assaut.
- « La lutte dans le Bois du Paradis fut rude. Contrairement à ce que l’on croyait, la plupart des abris de l’ennemi adossés à la pente sud du ravin n’avaient aucunement souffert des effets de notre préparation d’artillerie ; ils étaient intacts et regorgeaient de monde. […] Cependant, l’ennemi se voyant traversé tourna ses mitrailleuses et prit par derrière les premières vagues d’assaut qui gravissaient la pente nord du Bois du Paradis jusqu’au moment où les nettoyeurs mirent fin à cet état de choses. » (JMO du 1er Régiment de Tirailleurs)

- Pendant ce temps, « les éléments de gauche du 1er mixte, dès leur débouché sur le plateau, se sont emparés de la sortie du tunnel de Paradis puis ils ont bondi sur l’entrée, vers le ravin, où, à coups de grenades incendiaires, ils ont enfermé et brûlé les boches. Ceux-ci se rendent, non sans nous avoir causé des pertes. » (témoignage du zouave Julien Marchal cité par R.G. Nobécourt, op. cit.)
- Vers 10 heures, la tranchée du Paradis est dépassée par les Français qui atteignent ensuite le Chemin des Dames.


- Le secteur reste aux mains des Français (jusqu’en mai 1918), mais il est très disputé, les Allemands reprenant même pied dans la tranchée du Paradis le 14 juillet et s’approchant des lisières du bois calciné …

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dimanche 22 mai 2011

P comme Panthéon


- Ferme de l’ouest du Chemin des Dames, entre la Royère et la Malmaison

- Avant 1914, le Panthéon est un point haut (193 mètres), occupé par une petite ferme.

- Les Allemands s’emparent de la position, relativement éloignée du front jusqu’au printemps 1917 lorsque leur avance va jusqu’à Vailly-sur-Aisne. Après les premiers combats de l’offensive Nivelle, ils se replient sur les hauteurs du Chemin des Dames qu’ils fortifient considérablement.
- C’est ainsi qu’une tranchée, qui longe la route, et un boyau, qui la relie aux carrières du Tonnerre, portent le nom de Panthéon.

- On s’y bat avec acharnement pendant plusieurs semaines (« bataille des Observatoires »), chacun prenant puis perdant la position (cf. le témoignage de Lucien Laby, du 294e RI, qui évoque plus souvent la ferme voisine des Bovettes).
- A la fin de l’été et jusqu’à la bataille de la Malmaison, la route constitue le no man’s land séparant les belligérants, qui se retrouvent à proximité immédiate les uns des autres.
- Le Panthéon est en possession des Allemands jusqu’au 24 et 25 octobre, lorsque l’attaque efficace des Français les repoussent sur le versant nord du Chemin des Dames puis au-delà de l’Ailette.

- La zone est à nouveau allemande entre le 27 mai et le début octobre 1918. Après la guerre, la ferme du Panthéon est reconstruite, plus vaste.

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mercredi 18 mai 2011

E comme Ettighoffer (Paul Coelestin)

- Soldat allemand
- Colmar 1896 – Zulpich (Rhénanie du nord) 1975

- Paul Coelestin Ettighoffer se porte volontaire pour combattre en 1914, à 18 ans. Presque immédiatement, il est blessé par un obus ; à nouveau hospitalisé en 1915, il suit une formation de tireur d’élite puis combat sur le front oriental à cause de ses origines.
- En 1917 cependant, il revient à l’ouest, devenu officier au 258e régiment allemand de réserve (78e D.R.), unité constituée essentiellement de Rhénans.

- A partir de fin mai 1917 et pendant l’été, Ettighoffer est dans la partie occidentale du Chemin des Dames, au mont des Singes et autour du « terrible saillant de Laffaux » (« der wilden Laffaux-Ecke »), « une position extraordinairement agitée » (cité par N.Offenstadt, op. cit., page 374).
- Peu engagé d’abord, son régiment subit de très grosses pertes lors d’attaques locales (le 20 juin notamment). Il est envoyé dans le nord-est au mois d’août.

- Ettighoffer est fait prisonnier lors de la deuxième bataille de la Marne pendant l’été 1918. Après plusieurs mois de captivité, il est renvoyé en Allemagne en 1920. Devenu écrivain, il cherche sa voie dans un pays en plein changement. Il publie notamment Eine Armee meutert. Frankreichs Schicksalstunde 1917 en 1937, qui évoque les mutineries. Il occupe cette fonction d’écrivain au sein de l’armée allemande pendant la deuxième guerre (il est capturé par les Britanniques).




Source principale :
http://www.polunbi.de/pers/ettighoffer-01.html

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samedi 14 mai 2011

B comme Bois de la Mine

- Bois situé à proximité de la route qui relie Pontavert au carrefour du Choléra, au sud-est du Bois des Buttes. Il s’appelle aujourd’hui le « bois d’Aubréaux ».

- Le 14 septembre 1914, après la contre-offensive alliée, le front se stabilise entre ce bois qui ne possède pas encore de nom et le futur « bois des Allemands / Boches ».

- JMO du 8e R.I., 4 octobre 1914 : « Depuis trois jours le Génie travaille à l’établissement d’une mine partant de la tranchée la plus avancée (corne du bois situé à l’est du chemin La Pêcherie – Ville-au-Bois). Cette tranchée est à environ 30m de la tranchée allemande (corne S.E du bois de la Ville-au-Bois). Les travaux sont terminés et la mise de feu doit avoir lieu le 5 à 4 heures. » L’objectif est de s’emparer des tranchées allemandes pour enfoncer le front et progresser vers la Nationale 44.
- « A l’heure fixée (4h) la mine explose mais comme le boyau n’a pas pu être poussé jusque sous la tranchée ennemie, faute d’aération pour les travailleurs, le terrain est bouleversé surtout en avant du parapet. » Cependant, l’attaque se déclenche normalement, enlève la première ligne mais subit « un feu terrible de mitrailleuses et une fusillade intense d’une seconde ligne bien organisée » et ne peut résister à la contre-offensive ennemie.


- Le bois de la Mine est baptisé et conserve ce nom pendant toute la guerre, situé en première ligne jusqu’à l’offensive Nivelle d’avril 1917.


- Carte du JMO du 201e RI (janvier 1915)

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samedi 7 mai 2011

B comme Bonnamy (Georges)

- Soldat français
- 18 ? – 19 ?

- On sait très peu de choses sur la biographie de Georges Bonnamy, peut-être sous-officier au 131e R.I. et qui a laissé son témoignage sur la guerre dans La Saignée, publié en 1920 (ouvrage où il critique aussi la façon dont l’offensive de 1917 a été menée).

- Début 1917, il arrive dans le secteur du Chemin des Dames pour la première fois : bois de Beaumarais, ferme du Choléra. Après un mois de mars consacré à l’instruction, le 131e participe à l’offensive Nivelle autour de la Miette en 2e ligne. « A 10 heures, l’ordre de nous mettre en route ne nous est pas donné, alors nous commençons à douter du succès de l’offensive. La journée entière s’écoule ainsi à regarder passer les blessés, refluer en désordre des convois de toutes sortes, des tanks, de la cavalerie. »


- Georges Bonnamy reste dans la région orientale du Chemin des Dames jusqu’au 22 janvier 1918, alternant présence en ligne et périodes de repos dans le Tardenois.





Source principale : J.F. Jagielski sur le site du CRID 14-18 (notamment pour des détails et des extraits de son témoignage)

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dimanche 1 mai 2011

C comme Courtecon



- Village disparu situé sur les pentes nord du plateau du Chemin des Dames, entre Cerny et Braye-en-Laonnois

- En 1914, Courtecon est un petit village qui perd régulièrement de la population depuis la fin du XIXe siècle (73 habitants recensés en 1911 contre environ 110 une vingtaine d’années auparavant).


- Il est occupé par les Allemands à partir de septembre 1914, progressivement vidé de sa population, transformé en campement et équipé d’installations militaires défensives par ses occupants.


- Les bombardements français du début avril 1917 achèvent de détruire Courtecon. Le village doit être atteint à H+2 le 16 avril par le Régiment de Tirailleurs marocains (153e D.I.), mais ce n’est que le 2 novembre que les Allemands abandonnent les lieux pour se retirer quelques hectomètres au nord, en bordure de l’Ailette.


- Les communes de Pancy et Courtecon (en grande partie placées en Zone rouge) sont fusionnées en 1923; seul le premier village est reconstruit.
- En 1932 est inauguré sur l’emplacement de l’ancien Courtecon une chapelle commémorative.

vendredi 29 avril 2011

C comme Cuffies


- Petite ville de la banlieue Nord de Soissons, dans le creux d’un vallon qui rejoint un méandre de l’Aisne
- 1 650 habitants


- Quand la guerre commence, la population de Cuffies s’élève à 1 552 habitants (recensement de 1911). C’est un lieu dynamique, avec notamment la verrerie et la distillerie qui se trouvent dans le quartier de Vauxrot, dans la vallée.

- Les Français ne parviennent pas à reprendre les zones qui se trouvent au Nord de Soissons lors de leur contre-offensive de septembre 1914 : Cuffies est donc coupé par la ligne de front pendant plusieurs semaines.
- De violents combats y ont lieu notamment en janvier 1915, lors de la « bataille de Crouy », qui voient les Allemands progresser vers Soissons, notamment parce que la crue de l’Aisne empêche l’arrivée de renforts qui auraient permis d’exploiter quelques succès vers Cuffies.
- Proche de la ligne de front, Cuffies souffre des bombardements des deux camps.


- Le retrait allemand sur la ligne Hindenburg, au début de 1917, offre un peu de répit au secteur, réoccupé par les soldats français.

- En février 1918, Cuffies et les autres villages autour de Soissons voient arriver les Américains, qui découvrent les difficiles conditions de vie des soldats et les dégâts déjà très présents. De nouveaux combats se déroulent le 28 mai puis en septembre, qui achèvent de ruiner la ville.

- Cuffies est en effet dévasté (les usines de Vauxrot sont anéanties) et en grande partie vidé de sa population à la fin des combats : il n’y a encore que 814 habitants recensés en 1921 …


Destructions, notamment de Vauxrot :
http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/memoire_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=INSEE&VALUE_1=02245

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mardi 26 avril 2011

T comme Truffau (Paul)

- Homme de lettres français
- Bordeaux 1887 – Paris 1973

- Normalien en 1908 puis professeur de lettres à Vendôme après son service militaire, Paul Truffau est mobilisé comme sous-lieutenant en août 1914 au 246e RI.

- Après la Marne, il combat autour de Soissons de septembre 1914 à janvier 1915. Il est blessé au bras le 18 novembre 1914 mais refuse l’évacuation. Paul Truffau participe à la bataille de Crouy qu’il décrit dans ses carnets de guerre.

- Paul Truffau reste jusqu’en avril 1915 dans le secteur de Vénizel et Condé-sur-Aisne.

- Par la suite, il combat en Artois puis vers le Bois-des-Buttes entre février et juin 1916, avant Verdun (il devient capitaine, à la tête d’une compagnie de mitrailleuses).

- D’août à octobre 1917 il est dans le bois de Beaumarais avant d’assister au retrait allemand du 2 novembre sur le plateau des Casemates (il est à nouveau autour de la Miette en janvier 1918).


- Pendant la guerre, Paul Truffau envoie sous pseudonyme des articles au quotidien Le Journal. Un éditeur en publie 32 d’entre eux en 1917 sous le titre Carnets d’un combattant.
- Plusieurs fois blessé, il est démobilisé le 28 mars 1919 (« Il fait très beau. J’ai revu avec une joie intime les paysages familiers, la petite ville un peu vide… La vie reprend, les choses sont les mêmes, nous seuls avons changé… »).

- Après guerre, Truffau redevient enseignant et publie de nombreux ouvrages liant littérature et histoire.


- En 1998 est édité son journal de guerre : 1914-1918. Quatre années sur le front. Carnets d’un combattant.




Source principale :
Journal de Paul Truffau (Préface de Stéphane Audoin-Rouzeau)
et Cédric Marty, site du CRID 14-18

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mercredi 20 avril 2011

W comme Winterberg

- Tranchée allemande dont le nom provient d’une ville de l’ouest du pays.
- La tranchée de Winterberg fait partie du système de défense du nord du plateau de Paissy, au sud d’Ailles.
Cf. JMO RICM avril 1917
- Pendant l’été 1917, elle devient la première ligne allemande, prolongeant la tranchée d’Ems (à l’est) et la tranchée de Battenberg (à l’ouest).
Cf. JMO 7e compagnie du Génie, août 1917
- La tranchée de Winterberg n’est emportée « définitivement » par les Français que le 2 novembre 1917, après le repli allemand. Elle disparaît progressivement du système défensif au profit d’autres, plus utiles à présent.



- Winterberg (littéralement « la montagne de l’hiver ») est aussi le nom donné par les Allemands au plateau de Californie, sur les hauteurs de Craonne.
http://1914-1918.invisionzone.com/forums/index.php?showtopic=80776&st=25

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dimanche 10 avril 2011

R comme Ricadat (Paul)

- Soldat français
- 1893 – 1987

- Paul Ricadat est mobilisé au sein du 147e RI en 1914 ; il est blessé fin septembre.


- Dans l’Aisne depuis févier 1917, le nouveau régiment du sergent Paul Ricadat (33e RI) est censé appuyer le 201e dans le secteur de Craonnelle le 16 avril. Posté à proximité du château du Blanc-Sablon, Ricadat constate l’échec de l’offensive et la bonne capacité de réaction allemande, peu affectée finalement par la préparation française.
- Le 17, il monte à l’assaut au milieu d’un déluge d’obus vers la tranchée du Balcon, s’égarant et retrouvant ses hommes tant bien que mal. « Allant à l’aveuglette, je dois me fier à l’instinct, au flair, au sens de l’orientation que trois ans et demi de vie dans la nature ont développé chez chacun de nous. » (cité par A. Loez dans N. Offenstadt dir., op. cit., page 201)
- Ricadat se montre plutôt hostile aux mouvements de désobéissance qui éclatent à partir de mai dans l’armée française, et il est même chargé du maintien de l’ordre.
Extrait : http://www.crid1418.org/espace_scientifique/ouvrages/Loez_mutins_anx.pdf


- En 1986 est publié Petits récits d’un grand drame 1914-1918. Histoire de mes vingt ans, consacré essentiellement aux premières années de la guerre.

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mercredi 6 avril 2011

B comme Brouzé (Bois) / Brûlé (Moulin)


- Bois et moulin situés entre Braye-en-Laonnois et Moussy-sur-Aisne, en bordure orientale du canal de l’Aisne à l’Oise. Le Bois Brouzé prolonge le bois des Grelines au sud-ouest (l’emplacement indiqué sur les cartes IGN actuelles ne correspond pas à celui figurant sur les cartes de la guerre) ; à proximité du moulin se trouve l’écluse n°11.


- Le 16 avril, avant l’offensive Nivelle, les arbres calcinés du bois Brouzé sont traversés par les tranchées de première ligne allemandes, tandis que les ruines du Moulin Brûlé se trouvent dans le no man’s land (face aux tranchées allemandes de Tilsit et Falkenstein entre autres).
- Le Bois Brouzé est pourvu de nombreuses défenses très efficientes, notamment d’abris sûrs. Il est aussi traversé par un funiculaire qui grimpe depuis la ferme du moulin de Braye, prolongé par des boyaux jusque sur les hauteurs du Mont de Beaulne (notamment le boyau du Coucou …).
Carte dans le JMO du 156e RI


- Les 153e et 156e R.I. s’en emparent immédiatement mais, arrêté par les mitrailleuses, ne peut progresser et y passe toute la journée puis la nuit suivante (tel le grenadier-voltigeur Roger Prudon, décrit par R.G. Nobécourt page 187).

Historique du 15-6


- Le secteur reste au cœur des combats pendant tout l’été, une fois la ligne de front ayant atteint les hauteurs du Chemin des Dames. Le Bois Brouzé sert de base arrière aux Français (tel Georges Tardy)


- Le Moulin Brûlé n’est pas reconstruit après la guerre, tandis que la zone de Brouzé est reboisée.

dimanche 3 avril 2011

M comme Mayu (François)



- Artiste français dont une des sources d’inspiration est le Chemin des Dames et la première guerre. Il travaille notamment pour ses sculptures avec des éclats d’obus corrodés.

- « J’éprouve un attachement profond au Chemin des Dames, à tout ce qu’il représente. […] Et j’ai besoin de venir au Chemin des Dames, un besoin viscéral. Lorsque, de Paris, j’approche du Chemin des Dames, je ressens une sorte d’émulation."


Site de l’artiste
http://www.francoismayu.com/

Lettre du Chemin des Dames n°18

Article de l’Union




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mercredi 30 mars 2011

F comme Farrère (Claude)

« Sans liberté, point de bravoure »

- Ecrivain français (son vrai nom est Bargone)
- Lyon 1876 – Paris 1957

- Comme son père, Claude Farrère s’engage dans la marine en 1894 et connaît une carrière brillante (il démissionnera en 1919). En parallèle, il est un écrivain à succès, avec notamment comme thématique les récits de voyage (Les Civilisés en 1905 lui valent le Prix Goncourt).

- Pendant la guerre, le lieutenant de vaisseau Farrère est mobilisé mais doit subir une cure de désintoxication pour sa dépendance à l’opium. En 1917, il est affecté à l’artillerie d’assaut (il est capitaine). Il mène les chars aux combats autour du Moulin de Laffaux, en mai puis en octobre.

- En 1920, Claude Farrère publie le roman La dernière déesse, dont la partie finale se déroule lors de la bataille de La Malmaison.

- Il poursuit une carrière d’écrivain engagé, élu à l’Académie française en 1935.

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dimanche 27 mars 2011

T comme Troyon

- Ferme située entre Vendresse et Cerny-en-Laonnois, sur les pentes sud du Chemin des Dames (près du cimetière britannique).

- En 1914, Troyon est un hameau qui forme avec son voisin de Vendresse une commune depuis 1809. Il est dépassé par les Allemands dans leur marche en direction de Paris.

- Les 14 et 15 septembre, ce sont les Britanniques du Northamptonshire Regiment et du Loyal North Lancashire qui essaient de reprendre pied sur le plateau. Après l’échec automnal des Alliés, Troyon déjà en grande partie détruit se retrouve sur la ligne de front, qui longe la bordure du plateau. Ses ruines servent d’abri fragile aux Français qui guettent ou tentent des coups de main vers les hauteurs. Puis toutes les creutes et les pentes du ravin sont aménagées, une fois le front stabilisé, pour permettre aux soldats de veiller avec plus de « confort » et de sécurité. Rien ne bouge pendant plus de deux ans en ce qui concerne la ligne de front.


- Le 11 avril 1917, quand J. Tézenas du Montcel (5e R.I.C.) remonte le ravin, relativement à l’abri des bombardements allemands, et arrive à Troyon en vue de l’offensive Nivelle, « il ne reste que des tas de pierres et quelques pans de murs. »
- Pendant presque toute l’année, la ligne de front évoluant peu, le ravin de Troyon garde son rôle de base de départ pour les attaques et de première halte bienvenue pour les soldats qui reviennent du saillant de Deimling.


- Après la guerre, le hameau n’est pas entièrement reconstruit (un projet de chapelle est abandonné, l’argent prévu étant transféré vers l’église de Vendresse) ; on y trouve aujourd’hui une ferme.



Carte de juillet 1916 (110e RI, dans le JMO du 63e)

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jeudi 24 mars 2011

M comme Météo


Généralités

- « Le climat est froid, le ciel immense est gris, rayé par les lignes parallèles des nuages que le vent du nord accumule et déverse en pluies incessantes sur le sol détrempé pendant de longs mois. On voit, dans les vieux almanachs, ces figures de ciel dessinées par une seule ligne d’horizon d’où monte un vol de corbeaux. Comme ce pays, avec ses neiges, ses vents ronflants sur les plateaux, la moiteur pénétrante des longs hivers humides, parut rude à mon enfance ! »
Gabriel Hanotaux, L’Aisne Dans la Grande guerre




1917

- « L’hiver – le troisième de la guerre – était très dur et il se prolongeait. La pluie et les infiltrations (l’Aisne inondait la vallée) rendaient les tranchées et les terres fangeuses, avec des bourbiers, des cloaques, où l’on s’enlisait. Une humidité dégoulinante trempait la capote, pénétrait les os, glaçait les pieds. Au repos, dans des granges ou des maisons délabrées, on grelottait, on dormait mal, on se morfondait. Les denrées alimentaires étaient rares, les repas chauds irréguliers. Trop de misères déprimaient les corps et trop de déceptions alourdissaient les cœurs. Dans le train d’une existence ensemble réglée et vacante, elles exaspéraient la mauvaise humeur, accentuant l’impatience ou la révolte des uns, éprouvant la résignation des autres, confirmant la volonté courageuse de ceux dont les hautes raisons de vivre, tonifiant ces souffrances mêmes. »
(R.G. Nobécourt, op. cit., page 129)



Avril 1917

- 10 avril : « Le temps qui hier déjà était à la pluie est redevenu très froid : un temps de giboulées avec des averses fréquentes. Quelle malchance ! Il est écrit que la pluie sera de toutes nos offensives, pour gêner l’observation – par conséquent la destruction des ouvrages de défense – et augmenter nos souffrances … […] Le temps s’assombrit de plus en plus, et c’est à croire que la nuit est déjà là. Le ciel roule de gros nuages noirs qui se chevauchent à toute vitesse au-dessus de nos têtes et semblent tout près d’accrocher les cimes des sapins. Nous approchons, et soudain le vent âpre nous jette à la figure des flocons de neige qui tourbillonnent dans une sarabande frénétique. » (J. Tézenas du Montcel, L’Heure H)


- « Il pleuvait, il tombait de la neige pourrie ; on a fait quarante ou cinquante kilomètres dans la boue et dans le noir ; avec l’habitude on y voyait clair. On était des mille à avancer sur de méchantes pistes de rondins. Tout ça se croisait, s’embrouillait. » (Ephraïm Grenadou, 15 avril 1917, cité par A. Loez)

- « Départ à 23 heures. Marche par une nuit noire comme de l’encre, par une pluie battante, par une boue gluante : on marcherait les yeux bandés qu’on ramasserait pas plus de bûches… » (Lucien Laby, le 15 avril 1917)


- « Enfin dans la bruine qui ne cesse pas, un jour sale et bas se lève sur notre droite. Il fait froid ». Vers 8 heures, « le temps est redevenu terriblement froid et après ces deux nuits sans sommeil nous sommes transis par une bise glaciale » (J. de Fontenioux, près de Bourg-et-Comin le 16 avril 1917, cité par A. Loez)

- « En haut il y a une crête, il faut coûte que coûte y arriver. C’est notre point d’arrêt dans le plan ; y parvenir n’est pas chose facile. La température s’en mêle, le ciel s’assombrit et la neige tombe en gros flocons comme en décembre. » (Paul Clerfeuille cité par R. Cazals, 16 avril 1917 vers 7h du matin au-dessus de Craonnelle)



- Le 17 avril, dans les monts de Champagne … « Bientôt c’est une véritable tourmente d’énormes flocons entraînés par un vent violent. […] Le froid est de plus en plus terrible et nous commençons à être trempés. […] J’ai la sensation de ce que doit être la mort par le froid. » (J. Villetard de Prunières, cité par A. Loez)

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