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Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


http://cdd100ans.blogspot.fr/


Cordialement
Gil Alcaix

samedi 28 janvier 2012

I comme Instinct de conservation

- 29 avril 1917 au sud-est de Craonne : « Journée très calme. A 21 heures, début d’un bombardement intense [allemand] avec obus asphyxiants qui va durer toute la nuit ; très forte densité ; tout le bois de Beaumarais est dans une nappe gazeuse qui est entretenue toute la nuit. » (JMO 27e RAC, cote 26 N 952/4)

- Le lieutenant André Zeller se trouve alors au PC Rivoli. « Nous prenions le frais à la porte lorsqu’une gerbe d’obus s’abattit dans la clairière sans éclater, s’enfonçant au sol avec un bruit mou. Une odeur chocolatée, un peu écœurante, nous fit instantanément coiffer le masque, puis rentrer dans l’abri, en calfeutrant les issues. […] Nous étions cinq, réunis dans la même pièce étroite, le commandant Legrand, le docteur Rouveix, les lieutenants Varaigne, Bouchard et moi-même, silhouettes de fantômes, le masque en tête, esquissant des gestes vagues à la lueur d’une bougie vacillante. »
- Un oubli cependant cause de gros souci aux hommes qui se sont réfugiés dans l’abri : ils n’ont pas calfeutré le conduit de la cheminée du poêle, et le gaz parvient à entrer, les obligeant à économiser au maximum leur respiration lorsqu’il constate que le bombardement dure très longtemps.
- André Zeller traverse alors un moment de doute : « Plusieurs fois au cours de la guerre, j’avais fait le sacrifice de ma vie. Ce soir-là, en pensant au calcul précis, certainement fait par l’artilleur allemand, de la quantité d’obus nécessaire pour nous faire passer de vie à trépas, j’avais l’impression de l’inévitable et je me préparais, aussi bien que possible, pour l’au-delà. » Malgré leur masque, puis celui de rechange, les occupants finissent par s’évanouir au bout de plusieurs heures d’un gazage incessant quoique très limité.
- « Quand au petit jour je sortais de ma torpeur, le bruit mou des obus avait cessé. Mes premiers mots furent : “Ce n’est pas encore pour cette fois.” Tant est fort l’instinct de conservation, qui terrasse en un clin d’œil le meilleur esprit de résignation. » (André Zeller, Dialogues avec un lieutenant)

- « Les pertes sont élevées surtout au 1er groupe du 27ème, où 80 hommes sont évacués pour intoxication. » (JMO) Parmi eux, le lieutenant Paul Leroy (commandant de la 2e batterie) et le médecin-major Rouveix sont particulièrement touchés ; celui-ci meurt de suite de ses blessures malgré plusieurs mois de soins.



- Le général Brissaud de la 66e Division attribue une récompense aux artilleurs : « Le 1er groupe du 27e régiment d’artillerie de campagne : sous le commandement du chef d’escadron Legrand, comprenant les 1ère batterie, capitaine Hudelist, 2e batterie, lieutenant Leroy, 3e batterie, capitaine Teissier, pris sous un bombardement continu d’obus asphyxiants de gros calibre pendant toute la nuit du 29 au 30 avril 1817, a néanmoins rempli sa mission, tirant sans interruption jusqu’à épuisement des forces (évacuation de plus de deux tiers du personnel). »

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dimanche 22 janvier 2012

R comme Réparties gauloises

- Après l’échec de l’offensive Nivelle, le 4e régiment de Zouaves se retrouve en première ligne pendant toute la deuxième moitié d’avril 1917, autour de la ferme de la Creute et du Monument d’Hurtebise.

- Dans le JMO du régiment, après le détail des opérations militaires figure un « compte-rendu anecdotique » rédigé par le capitaine Reynès, commandant du 3e bataillon.


- « Comme tous les engagements, tous les combats auxquels le 3e bataillon a pris part, ceux du 17 au 25 avril 1917 ont été particulièrement fertiles en “réparties gauloises”, en joyeux mots et aussi en belles phrases bien françaises que la vision de la mort semant des victimes à chaque pas ne saurait tarir. Malheureusement, toutes ne pas entendues, beaucoup ne sont pas retenues et, tel qui en avait été émerveillé, n’est plus pour en témoigner. »

- S’ensuivent plusieurs épisodes vécues et phrases prononcées par des soldats du régiment, dont voici quelques exemples …



- Dans la soirée du 25 avril (journée très difficile pour les Zouaves, qui doivent abandonner leurs tranchée sous la pression du 1er régiment de la Garde, avant de contre-attaquer victorieusement en fin de journée et de reprendre possession des ruines de la ferme de la Creute), les Français s’attendent à une attaque ennemie : « Sous la poussée d’officiers et de sous-officiers, dont nous percevons les vociférations à travers la canonnade, quelques Fritz sortent de leur boyau et cherchent à escalader notre barrage. Nos poilus ne perdent pas la tête. Le soldat Almon, qui est au premier rang, ajuste froidement son homme et, heureux du résultat de son tir, il s’écrie :
- “La guerre comme ça, ça me va.” »

- « Le zouave Couillout (II°) faisait partie d’une patrouille qui venait de mettre en fuite un groupe d’ennemis ; touché à la fesse, il s’écria, furieux d’une blessure aussi mal placée :
- “Il m’en ont foutu plein les fesses, mais on les a eus.” »


- « Le sergent Dufour, fouillant un abri boche, trouve une magnifique pipe. Il la bourre et sort heureux. La pipe aux dents, il se dispose à l’allumer, quand un éclat d’obus fracasse le tuyau. Dufour contemplant les débris à terre s’écria :
- “C’est comme à la foire aux pains d’épices, à chaque coup on abat une pipe !” »


- « Le zouave Gamard (II° compagnie), sous un bombardement intense, voyant tomber tous ses camarades, invectivait les Boches en ces termes :
- “Vous avez beau faire, tas de guignols, vous ne ferez pas ma bourgeoise veuve.” »





Pour consulter l’ensemble du document :
JMO du 4e Régiment de Zouaves (cote 26 N 839/4)

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/img-server/26_N_839_004/SHDGR__GR_26_N_839__004__0154__T.JPG

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/img-server/26_N_839_004/SHDGR__GR_26_N_839__004__0155__T.JPG

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mardi 17 janvier 2012

M comme Marx (Léon-Roger)

- Ecrivain français
- Paris 1890 – Saint-Gilles (Marne) 1917

- En 1917, Léon-Roger Marx est caporal au 4e Zouaves. Courant mars, son unité arrive autour de Fismes préparant l’offensive à venir et aidant à bâtir l’H.O.E. de Saint-Gilles.

- Le 15 avril, Marx attend dans les creutes de Pargnan de pouvoir poursuivre – le lendemain – l’œuvre des troupes qui auront rompu le front ; mais les choses ne se passent pas comme prévu …
- Le 17, le 4e Zouaves est en première ligne au Monument d’Hurtebise et à la ferme de la Creute ; les accrochages sont nombreux jusqu’à la relève du 25.

- Après quelques jours de repos à Revillon, les Zouaves sont envoyés le 20 mai sur le difficile saillant de Deimling, lieu d’incessants combats pour conserver la possession des points hauts du plateau.
- Le 27 mai, même si la journée est officiellement « calme », le régiment subit des « rafales fréquentes d’obus de 77 et de 150 sur les tranchées arrières et sur les boyaux » qui causent la mort de 13 soldats et en blessent 17 ; Léon-Roger Marx est l’un d’eux, touché par un éclat au visage. Il est évacué vers l’H.O.E. … de Saint-Gilles mais décède le lendemain.



- Quelques heures avant d’être blessé, il a écrit une dernière lettre :
« J'ai découvert la beauté simple de cette volonté de tenir, de résister à sa sensibilité, de se dominer. Ne crois pas que cela m'ait rendu plus dur; mais j'ai été très content de voir que j'arrivais à ne plus craindre la tristesse, à ne plus me laisser noyer par elle, comme j'ai su, et je t'assure que j'en suis fier, n'avoir jamais peur du danger. Cet équilibre, je voudrais le garder toute ma vie sans pour cela que ma sensibilité s'amoindrisse....
Ne te frappe pas pour les bonnes années qu'on a passées si loin ; d'abord, la France est si belle et nous a valu une si admirable formation morale et esthétique! Enfin, nous apprécierons mieux encore notre bonheur pour avoir vu et pressenti tant de choses tristes ... tristes, tu sais.
Cette vie éreintante, je l'ai voulue et elle est celle que je devais mener.... Je me trouve, ce matin, presque calme et sans tristesse, plein de force et de clarté en moi. Je pense qu'on est heureux de se sentir valide, au pied, pour ainsi dire, de son devoir ; et vraiment rien ne me fait peur tant que je me sens fort et comme fier. »

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k554427.r=%22derniere+lettre+ecrite%22.langFR
(une erreur indique qu’il est décédé le 27 juin)


- Léon-Roger Marx fait partie des 560 écrivains décédés pendant la première guerre mondiale dont le nom figure au Panthéon, à Paris ; il est en effet cité par l’Association des Ecrivains combattants, comme le rappelle un article de La France mutilée de 1931.





Fiche MPF


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jeudi 12 janvier 2012

S comme Saint-Pierre

- Ferme située sur la commune de Merval (le long du ruisseau du même nom), en descendant vers la vallée de l’Aisne, qui donne son nom à un camp de l’armée française pendant la première guerre.
- Il s’agit de la dernière halte avant l’arrivée sur le front, ou de la première après le départ (secteur compris entre Cerny et Hurtebise). Depuis ce versant on peut observer toutes les pentes du Chemin des Dames.

- Dans la soirée du 22 août 1917, Edouard Coeurdevey (417e RI) y arrive après avoir passé Fismes. « On marche. On fait des tours, détours inexpliqués et inexplicables dans des pistes. On s’arrête devant des baraquements : “Camp Saint-Pierre.” Mais pas de casernier. Enfin, on le trouve. C’est là que l’on s’entasse, une compagnie par baraque sur de la vieille paille foulée, salie, où l’on devine la vermine. […] Les baraques Adrian n’ont pas une planche à paquetage. Pas un banc, pas une table. Les officiers ont couché sur la paille sale, comme la troupe. »
- Coeurdevey séjourne 4 jours au camp Saint-Pierre ; le ruisseau sert pour la toilette des soldats, qui améliore comme ils peuvent leur confort quotidien avant de partir vers Villers-en-Prayères.



Source : Edouard Coeurdevey, Carnets de guerre 1914-1918

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jeudi 5 janvier 2012

S comme Sergent-major




- « On appelait « Trou du sergent-major » en 1917, un interminable et profond couloir souterrain creusé sous le plateau de Craonnelle, et dont je ne saurais dire s’il existe encore. On y pénètre, tournant le dos aux clartés de la nuit, par une ouverture au ras du sol, dans une carrière, et si basse que les hommes se courbent pour descendre dans d’humides ténèbres, par un escalier qui ensuite remonte. » (Georges Gaudy, Le Chemin des Dames en feu)

- En septembre 1914, les soldats français parviennent – difficilement – à mettre pied sur le rebord sud du plateau, au nord de Craonnelle, et à s’y maintenir. Après la stabilisation du front, on aménage défensivement les lieux ; un réseau de tranchées et de boyaux est mis en place (dont le boyau du sergent-major, qui relie le trou du même nom au village via d’autres tranchées).
Carte du 43e RI en date du 16 avril 1917, avant l’offensive.



- Après les combats d’avril-mai 1917, le trou sert d’abri aux soldats français lorsqu’ils sont en réserve, sur le plateau des Casemates en permanence au cœur des combats (cf. témoignage du Docteur Chagnaud, du 152e RI, le 23 juillet 1917).
- Le trou du sergent-major sert avant tout de PC à l’état-major des unités présentes dans le secteur : PC Belfort (43e RI) puis PC Artois (par exemple sur cette carte du 7e BCP en septembre 1917, ou encore chez Paul Truffau quelques semaines plus tard).