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Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


http://cdd100ans.blogspot.fr/


Cordialement
Gil Alcaix

samedi 6 février 2016

A comme Alcool



- « Aujourd’hui, il est question d’une affaire bien navrante. Un homme originaire de Camors s’est querellé avec un officier. Le soldat était ivre et a tiré sur l’autre qui lui cherchait noise. La balle a éraflé l’épaule de l’officier. Ce n’était pas la première fois que l’officier s’en prenait à ce soldat-là ; il lui arrivait souvent de lui faire des histoires, de le menacer de sanctions. A dix heures du soir, Bihouise était condamné à mort et, à une heure du matin, on l’exécutait : douze balles dans la peau. A mettre sur le compte de la boisson, une fois de plus ! Mais, nous pensons cependant tous ici qu’il n’y avait tout de même pas là de quoi mettre un homme à mort. » (Loeiz Herrieu, Le tournant de la mort)


- François Bihouise a 36 ans quand commence la guerre ; il est scieur de long à Camors et célibataire. Le breton est mobilisé au sein du 88e RIT et se retrouve dans le secteur du Chemin des Dames à partir d’octobre 1914 (Oulches, Vassogne, Oeuilly).

- Le 23 décembre, il est sanctionné de 8 jours de prison par son capitaine pour s’être enivré (une première punition lui avait été infligé pendant son service militaire pour le même motif, en 1902).
- François Bihouise est ensuite affecté comme coiffeur à la Compagnie Hors-Rang de son régiment, à Blanzy. Le 11 mai 1915 au soir, le caporal Intès le réprimande alors qu’il est ivre et cause « du scandale » ; le lendemain, le sous-lieutenant Louis Grillet, à qui on a rapporté les faits, le réprimande, lui interdit de quitter son cantonnement et lui promet une punition. Après son repas, l’officier est touché d’une balle à l’épaule gauche alors qu’il sort de sa « popote » (la blessure est légère selon le compte-rendu médical).
- On arrête Bihouise en flagrant délit, l’arme dans les mains, en présence de plusieurs autres personnes. Celui-ci des défend devant les gendarmes en prétendant que Grillet l’a menacé de mort (sans pouvoir présenter de témoins pour appuyer ses dires) et qu’il souhaitait faire peur à son supérieur, non le tuer.

- Après une enquête rapide confirmant les faits et les dires de l’officier, le général (26e DI) convoque immédiatement un Conseil de guerre spécial présidé par le commandant Mathieu (34e RI), qui est accompagné par le sous-lieutenant Lemoine (10e Hussards) et l’adjudant Delandrevie (34e RI).
- Bihouise est condamné à mort (il est jugé coupable de meurtre par préméditation à l’unanimité, avec guet-apens par 2 juges sur 3), ainsi qu’à la dégradation militaire.
- Dans la nuit du 12 au 13 mai 1915, François Bihouise est exécuté à Maizy, sur la route de Glennes, de huit balles (le coup de grâce est nécessaire), devant les troupes de la division assemblées en armes.

- Il est enterré aujourd’hui dans la nécropole nationale de Pontavert.







 (Source SHD)